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RB-193050750

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Le mois de mars marque une inflexion visible dans la dynamique de l’or. Après une progression quasi linéaire depuis l’automne, le métal précieux a subi une correction brutale, suivie d’un rebond instable.

Ce type de mouvement ne remet pas en cause la tendance de fond — il révèle une contrainte de liquidité.

L’événement clé du mois reste la vente massive d’or par la Turquie. Ankara a liquidé environ 120 tonnes en trois semaines, dont près de 70 tonnes sur la dernière semaine, soit l’équivalent de près de 20 milliards de dollars. Un rythme de vente exceptionnel, correspondant à plusieurs années d’accumulation.

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Mais la Turquie n’est pas seule. Les fonds souverains du Golfe ont eux aussi vendu environ 45 tonnes d’or sur la période récente, dans un contexte de pression budgétaire et de besoin de liquidité lié aux perturbations énergétiques. Autrement dit, ce ne sont pas des flux marginaux — ce sont des vendeurs structurels.

Mais cette vente d’or n’est que la partie visible du problème.

Elle s’inscrit dans une mobilisation beaucoup plus large des réserves. Les avoirs de la Turquie en titres souverains étrangers — essentiellement des Treasuries — se sont effondrés, passant d’environ 30 milliards de dollars début 2026 à moins de 5 milliards aujourd’hui, soit une liquidation de plus de 25 milliards en quelques semaines. Une dynamique cohérente avec les estimations de marché évoquant environ 22 milliards de ventes depuis fin février.

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Ce mouvement est trop rapide pour relever d’une allocation stratégique. Il correspond à une urgence de liquidité.

Mais là encore, la Turquie n’est pas un cas isolé.

Les données de la Fed de New York montrent que les avoirs en Treasuries détenus par les banques centrales étrangères sont passés d’environ 3,1 trillions de dollars à un pic récent à 2,7 trillions aujourd’hui, soit une contraction d’environ 400 milliards, dont 82 milliards liquidés depuis fin février. Le mouvement est global, coordonné, et directement lié au choc énergétique.

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Et c’est ici qu’intervient un acteur clé que le marché semble sous-estimer : le Japon.

Le rendement des obligations japonaises à 20 ans vient d’atteindre 3,29 %, contre environ 0,4 % en 2022.

Ce mouvement est considérable. Il remet en cause l’un des piliers silencieux du système financier mondial : le financement externe des États-Unis par les investisseurs japonais.

Car ce sont précisément les assureurs vie et les fonds de pension japonais qui figurent parmi les plus gros détenteurs étrangers de Treasuries. Tant que les rendements domestiques étaient quasi nuls, l’arbitrage était évident : investir aux États-Unis.

Mais à 3 % sur les JGB, l’équation change radicalement.

Le capital n’a plus besoin de sortir. Il peut rentrer.

Et ce mouvement de rapatriement a une conséquence directe : la vente de Treasuries, donc une pression à la hausse sur les taux américains.

Ce mécanisme est bien connu. Il est au cœur du carry trade yen. Et l’histoire récente montre à quel point il peut être violent. En août 2024, une remontée rapide des taux japonais avait déclenché un unwind brutal de ces positions, provoquant un choc global sur les marchés.

Aujourd’hui, la situation est encore plus fragile.

Car cette remontée des taux japonais intervient dans un contexte beaucoup plus contraint :
– un pétrole au-dessus de 110 dollars
– des flux énergétiques perturbés
– un détroit d’Ormuz partiellement fermé

Autrement dit, le système doit absorber en même temps :
– un choc énergétique
– un besoin de liquidité globale
– et un début de désengagement des principaux financeurs du marché obligataire américain

Ce cocktail est particulièrement instable.

Et c’est précisément ce qui éclaire la correction de l’or.

Dans un environnement de stress, les acteurs vendent ce qu’ils peuvent vendre — pas ce qu’ils veulent vendre. L’or, comme les Treasuries, devient une source de liquidité. Mais cette fonction est transitoire.

Car en parallèle, la réduction des réserves obligataires, le reflux du capital japonais et la pression sur les devises renforcent mécaniquement le rôle de l’or comme actif de réserve.

Nous sommes donc face à un paradoxe classique :

– à court terme, l’or est vendu pour générer du dollar
– à moyen terme, les raisons de détenir de l’or se renforcent

L’histoire est constante sur ce point. En 2008 comme en 2020, l’or a corrigé dans les premières phases de stress avant d’entamer des mouvements haussiers majeurs.

Mars 2026 s’inscrit dans cette logique.